Chapitre du mois d'octobre 2010

Titre : Je me souviens de... et autres OSs
Auteur : LeeRyn
Fandom : Twilight
Rating : AP
 Disclamer : L'univers et les personnages appartiennent à Mme Meyer, la petite voix off et l'histoire sont à moi et vous allez vite comprendre pourquoi.
Résumé : OS - Edward-OC - prologue - largement spoiler des 4 livres du début à la fin 
 

 Note : Ceci n'est pas un chapitre mais le premier one shot d'un recueil.

 


Je me souviens de...


Je me souviens de la première fois où il m'en a parlé.

J'avais six ans et il devait croire que je ne comprendrais pas la moitié de ses paroles. Ou que je dormais trop profondément pour l'entendre.

Mais j'étais éveillée, comme chaque fois.

A force de vivre dans un quasi-silence, mon ouïe s'est affinée bien au-delà de la moyenne. Ainsi que mon odorat, dans leur monde "sans odeur", mon toucher, face à leurs peaux marmoréennes, et ma vue, dans cet univers moitié obscure. Cet autre Monde dans lequel ils évoluaient. Et un étrange sixième sens, une sorte d'incroyable détecteur qui me prévenait invariablement de la présence de tout ce qui m'entourait, vivant ou non, mobile ou immobile. Une "seconde vue". Aveugle. Omniprésente. Infaillible.

Oui, je me souviens de cette nuit-là.

Il est entré dans ma chambre en silence, comme à son habitude, et sa présence m'a réveillée. Il s'est assit sur le fauteuil près de mon lit – une chaise de bureau roulante rembourrée de mousse passée de velours sombre, confortable – et m'a regardé "dormir" un moment. Et puis, statue de marbre aux yeux fixés par-delà moi dans ses souvenirs, il l'a évoquée pour la première fois. Bella.

Alice m'en avait déjà parlé, évasive et succincte et elle avait lâché une phrase sibylline, les yeux dans le vague – de l'avenir ou d'elle-même. « Le temps passe, le monde change, et tout est pareil et différent. »

J'avais alors trois ans, n'avais rien comprit, mais ce moment et cette phrase ce sont gravés en moi à jamais, ciselé dans une pierre que rien n'érode, à quelque profondeur de ma mémoire.

Mais cette nuit-là, assit sur cette chaise à me regarder sans me voir, à l'orée de mes six ans, c'était lui qui m'avait parlé, révélant à l'enfant qu'il croyait endormie un épisode de son existence qu'il n'avait jusqu'alors jamais évoqué. Bella.

Il m'avait avoué sans retenue tout ce pan de sa vie, avant voilé par le secret et la douleur, cette nuit-là révélé dans la peine et l'amertume. Il avait besoin d'en parler, de s'en ouvrir à un être extérieur aux évènements. Qu'importe que cet être n'entende ni ne comprenne, il lui fallait parler, dévider ses souvenirs, ses joies, ses peines, ses angoisses, ses haines et son désespoir. Et il avait parlé.

Il avait rencontré Bella en 2005, en Amérique – à Forks, une petite ville du nord-ouest de l'état de Washington, dans la péninsule d'Olympic (il me dit avoir aimé cette petite bourgade plus pluvieuse et nuageuse que tout ce qu'il eut connu aux Etats-Unis) – cent-six ans plus tôt. Son odeur, au-delà de tout autre, l'avait attiré et séduit. D'abord plein de haine envers lui-même d'avoir tant de mal à se contrôler face à "ce fumet si alléchant", il s'était enfuit, de peur de rompre son régime "végétarien" dans lequel il se contentait, lui qui ne voulait pas devenir un monstre comme nombre d'autres vampires, de sang animal. Et puis il était revenu, se sentant lâche et stupide de sa fuite. Il avait chassé plus que nécessaire pour mieux lui résister et avait découvert l'humaine derrière la proie. Et il en était tombé amoureux. Un amour fou, intense, implacable et pourtant immoral, impossible. Mais là encore, après la fuite il avait choisi le front. Il se ferait une guerre sans merci pour ne pas la tuer, pour ne pas la mordre, mais ne pouvait se résoudre à la quitter.

Bien vite il se rendit compte qu'elle éprouvait la même chose pour lui bien que, simple humaine, le désir de le tuer, de s'en nourrir, ne la tirailla bien sûr pas. Mais jamais elle ne serait en mesure de se faire à son absence.

Et pourtant il partit, vérifiant bien vite son égoïste espoir : elle ne put vivre sans lui. Autant qu'il ne survivait sans elle. Cependant, après l'avoir quitté "pour son bien", elle le sauvât d'une mort certaine dans la capitale du pouvoir vampirique, Volterra, alors qu'il croyait à la sienne.

Mais elle était en vie et il se résolu – sans trop de mal, m'avoua t-il, sourire amer au cœur de son murmure – à ne plus jamais la quitter, quoi qu'il lui en coûte, quelque danger qu'il puisse lui faire courir ou courir lui-même.

Mais, pauvre petite humaine, durant cette longue absence, elle s'était farouchement entichée d'un jeune homme, Jacob, qui s'avéra être un loup-garou, éprit d'elle comme elle de l'homme qui me soufflait ces mots sous un rayon de lune.

Un danger pesant sur elle écarta, le temps d'un songe, la rivalité héréditaire qu'entretiennent loups-garous et vampires. Et, tandis que les deux camps tentaient de coopérer, Jacob et lui se livraient une guerre des tranchées dans la manipulation de Bella, pour l'avoir chacun à son côté alors qu'elle se refusait à choisir. Jacob gagna un baiser, il gagna Bella.

Malgré ses réticences et quoi qu'il fit pour la dissuader, celle-ci persista dans son projet de non-vie éternelle à ses côtés et, amoureux égoïste, il accepta de lui offrir l'immortalité en échange de ce mariage dont il avait si souvent regretté l'inexistence en sa vie humaine.

Elle l'accepta malgré son évidente répulsion pour le rite, prête à tout pour le suivre dans les méandres de son onirique existence.

Après les noces – préparées par Alice, précisa-t-il en souriant à demi – il accéda à une autre des requêtes de sa bien-aimée et ils en conçurent, ils ne surent comment, un être hybride, mi-humain, mi-vampire, qu'ils nommèrent Renesmée. Mais l'enfant, au cœur de sa mère, l'avait par trop épuisée et Bella succomba à la naissance de sa fille. Ne pouvant se résoudre à la laisser mourir, il la transforma et elle le rejoignit dans son univers de songes et de légendes, nouvelle statue sanguinaire au compte du monde, tandis que Jacob, détaché d'elle, s'imprégnait – amour absolu du peuple loup-garou – de la petite hybride qu'il venait de voir naître.

Au besoin de la comprendre – seul être au monde aux pensées duquel il n'avait pas accès – il céda finalement en lui déposant requête : pouvait-elle, pour lui, effacer un moment le bouclier qu'elle dressait instinctivement autour de son esprit de façon à lui offrir ses souvenirs de leur amour ?

Incapable de retrouver tous les souvenirs de son existence humaine, même ceux, précieux, qu'elle espérait avoir conservés de lui, elle lui offrit les quatre manuscrits qu'elle avait écrits durant leur relation, journal intime composé comme une série de romans.

Il souffrit avec elle à tous ces mots de peine qui marquaient leur séparation et resta interdit, me dit-il, devant l'amour, la fascination, la confiance et la détermination de Bella, humaine, face à tout ce qu'il était et avait fait.

Et puis était venu le récit de ses premiers temps vampiriques – auquel il m'avoua avoir grimacé un peu – et dans lequel se tenait l'exposé de leur combat pour faire admettre aux Volturi que Renesmée n'était pas une menace pour le monde surnaturel. Combat qu'ils gagnèrent.

Et la fin de la bataille contre les Volturi venue, ne trouvant pas de point de friction véritable, la trêve entre les Cullen – ma famille – et les loups-garous de Forks se poursuivit.

Et le Mémoire s'arrêtait là, sur une phrase que rien ne pourrait jamais lui faire oublier – comme il connaissait chaque mot, chaque ponctuation de cet amoureux témoignage – « Alors, nous plongeâmes avec enthousiasme dans ce pan, ténu mais parfait, de notre éternité. »

Il y eut un long silence après ces mots, si bien que sans mon sixième sens j'eus cru qu'il était parti.

Mais il était là et, d'une voix rauque, il se remit à parler.

Il me souffla, douleur atroce, que quelques temps plus tard – huit ans environ (mais qu’est-ce que huit ans pour un vampire ?) –, alors que les Volturi avaient laissé Renesmée tranquille, ils s'en prirent de nouveau à la famille, dont Bella faisait désormais partie intégrante, car ils venaient de se rendre compte que des livres détaillés et des films adaptés de ces livres couraient le monde. Bien sûr, ils parlaient des Mémoires de Bella – la « saga Twilight » – qu'Edward et elle avaient fait publier par amusement, sans réellement réfléchir aux conséquences, même si, se fustigea-t-il, il aurait dû, lui au moins, savoir que cela ne passerait pas inaperçu très longtemps et que cela leur amènerait bien des problèmes.

Cependant, ils arrivèrent tant bien que mal, déjouant les stratagèmes complexes de leurs adversaires un à un, à faire basculer le débat, de même que huit ans plus tôt. Alors, l'un des gardes Volturi provoqua les loups-garous de Forks, les injuriant sous des galanteries limpides. Ainsi, les loups s'échauffant, un des plus jeunes n'y tint plus et fit mine d'attaquer. Plus rapide, le garde s'en prit à lui. Mais les loups vivent en meute et l'esprit collectif y est très fort, l'un se bat, tous les autres lui viennent en aide. Et tandis que le tout jeune loup se battait contre le garde Volturi, tous les autres cherchèrent un moyen de l'aider et, s'en prenant à un autre louveteau, les gardes réussirent à déclencher une bagarre collective.

Bella, qui avait le pouvoir de créer un bouclier autour de son esprit et des esprits extérieurs, n'était pas en mesure, cependant, de protéger les corps et quand plusieurs vampires sautèrent sur Jacob – son meilleur ami – et que Renesmée – qui avait atteint trois ans plus tôt sa taille adulte – décida de s'en mêler pour sauver l'homme-loup qu'elle aimait, Bella s'interposa pour les protéger tous deux.

Démétri, Felix – deux gardes Volturi –, Jane et Alec – deux vampires aux pouvoirs offensifs dévastateurs – hors-circuits, les Volturi perdirent leur avantage et la bataille se termina bien vite en faveur des loups et leurs alliés – les Cullen y compris.

Le combat de Bella fut le dernier.

Tandis qu'elle s'interposait, créant un instant de surprise chez les vampires ennemis, Jacob tua l'un d'eux et Renesmée l'autre. Mais les trois derniers eurent le temps de démembrer et de jeter au feu le corps de Bella avant que quiconque eut le temps de réagir.

La bataille était finie, les Volturi n'étaient plus.

Et Bella était morte.

Ils avaient vécu dix ans d'un intolérable bonheur et il se terminait par la mort barbare et si rapide de la femme qu'il aimait au point de lui faire rejoindre les rangs sanglants de sa famille si spéciale, elle sans qui il n'aurait pu vivre.

Et il ne le put pas. Il déchanta, chercha par tous les moyens à mettre fin à son existence pour la rejoindre dans la mort, ne pas vivre sans elle, comme il le lui avait dit un jour en regardant Roméo et Juliette.

Il voulu provoquer les Volturi, réitérer le geste qui avait failli lui valoir la mort des années plus tôt, mais les Volturi n'étaient plus et tous les combats qu'il mena contre tous les vampires qu'il trouva se soldèrent par des échecs à ses plans d'auto-extermination.

Quoi qu'il fit, il finissait par s'en sortir.

« A cause d'Alice et ma famille » souffla-t-il si bas qu'une personne normale ne l'eut pas entendu. « Ils étaient toujours là pour me venir en aide, quel que fut mon propre avis sur la question. Personne ne m'écoutait, personne ne voyait que je ne voulais plus vivre, que tout m'était indifférent, que plus rien n'avait de sens sans elle. Je n'étais plus rien et je préférais en finir et la rejoindre plutôt que de rester en ce monde, loin d'elle, et de vivre encore et encore sa mort à chaque instant. Car rien en mes pensées n'était occupé à autre chose que me rappeler ces abominables images. »

C'est ce qu'il murmura, statue de larmes gelées dans leur étau marmoréen. Car il n'était plus que cela, un océan de larmes que sa nature l'empêchait de verser.

Mais tous les Cullen – Renesmée y compris – étaient arrivés à "gâcher son doux projet" et le seul rappel de sa fille, leur fille, à Bella et lui, l'avait enfin et définitivement empêché d'en finir.

Il y avait ensuite souvent repensé mais le visage de leur enfant – si semblable à sa mère, souvenir impérissable des yeux de son aimée, aux cheveux de bronze, comme lui, mais bouclés, tel ceux de Bella, et aux pommettes de cette dernière –, toujours en son esprit, l'arrêtait chaque fois, reléguant ses plans à d'amères espérances que jamais il ne serait à même d'accomplir. Pas tant qu'une trace de sa bien-aimée subsisterait en ce monde. Et leur fille, fruit de leur amour sans commune mesure, en était la plus tangible et la plus parfaite.

Alors il avait vécu. Survécu. Quatre-vingt-dix ans*.

Et puis j'étais arrivée, nouveau-né bien humain – autant qu'ils puissent en juger –, né en pleine forêt et dont l'odeur trop puissante l'avait fait ralentir sa balade avec sa famille dans les rues de Hong-Kong, une nuit sans lune.

Il m'avait sentie avant tout autre et avait courut à ma rencontre plus vite encore qu'il ne courrait jamais, m'avait attrapée et amené dans leur maison chinoise, se faisant instinctivement mon âpre protecteur. Protecteur qui semblait ne plus vouloir me lâcher et me berçait doucement, bien callée dans ses bras de marbre froid.

Les autres étaient arrivés, avaient tressaillis en sentant mon parfum et le voyant ainsi me protéger et, après quelques délibérations, avaient acceptés de me garder, Esmé et Rosalie pouvant ainsi assouvir leur ineffable désir de pouponner que leur condition d'immortelles obtenue trop jeune leur avait enlevé tandis que tous voyaient là une nouvelle occasion de retrouver le fils, le frère et le père qu'ils avaient perdus en perdant Bella et qu'ils avaient cru ne jamais recouvrer.

J'étais arrivée, il avait semblé reprendre "vie", ils m'avaient acceptée et j'avais grandie, petite humaine fragile, au milieu de sept vampires, une semi-humaine-vampire et un "loup-garou" aux petits soins pour moi. J'étais la chérie de tout le monde et la poupée à mode personnelle et toute désignée d'Alice, folle de joie face à cette nouvelle et évolutive source de distraction.

Carlisle m'avait, à l'instar d'Esmé, prise pour nouvelle enfant ; Rosalie, Renesmée, Jacob et Emmett pour petite sœur, tandis que Jasper ne savait comment réagir. Alors il ne l'avait pas fait. D'abord étranger, il avait attendu l'étincelle qui lui dirait quoi faire. J'avais huit mois quand elle se présenta enfin à lui et il devint alors l'être le plus proche de moi.

Malgré les nombreuses blessures que je réussis à m'infliger, jamais aucun d'eux, pas même Jasper ou Renesmée, ne prêtèrent attention aux marres de sang qui ne manquaient pas d'embaumer toute la maison de la cave au grenier en passant par le garage et les chambres. Ils y semblaient tous parfaitement insensibles, même si j'en voyais parfois un ou deux sourciller à la vue du liquide écarlate qui suintait de quelque blessure sur ma peau.

J'avais six ans quand Edward vint dans ma chambre une nuit de pleine lune pour me parler de lui, pensant que je dormais. Et j'en avais seize quand, par une nuit sans lune, je me glissais à son côté dans ce grand lit, où il aimait à se prélasser en écoutant de la musique ou en lisant quelque livre, pour m'endormir contre la peau froide et marmoréenne de son torse où je posais joue et main, réconfortée par ce contact qu'il était depuis longtemps le seul à me refuser mais qui, dans l'intensité de cette nuit sans astre, ne sembla lui apporter nul tressaillement ni nul inconfort.

*

A suivre...

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